Initié d'abord par l'administration Obama aux États-Unis en 2009, le gouvernement ouvert par le web 2.0 a été fédéré mondialement autour de l'Open Government Partnership en 2011 qui, au départ, ne regroupait que huit pays membres fondateurs. Dans ce lot de pays, aucun gouvernement à majorité francophone ne faisait partie des groupes leaders dans le domaine. Pourtant, le concept de démocratie ouverte ne date pas d'hier.
La démocratie athénienne, la Révolution française, l'époque de l'affirmation nationale après la 2e guerre mondiale, la construction de l'État-providence, la chute du mur de Berlin, sont des exemples historiques dans lesquels la transparence, la participation citoyenne et la collaboration ouverte au sein de nos sociétés démocratiques ont été des vecteurs de changements puissants. Ces changements socio-politiques sont tous survenus avant la démocratisation et l'essor de la technologie web ou de la mondialisation qui permet maintenant d'interconnecter les humains à haute vitesse en atténuant les barrières physiques et légales.

La secrétaire d'état américaine Hillary Clinton écoute Antonio Patriota, le ministre des Affaires étrangères brésilien lors de l'Open Government Partnership. Crédit photo : Alex Brandon.
Dès lors, en 2010, le concept de démocratie ouverte était presque inexistant dans les régions francophones du monde. En 2011, la communauté francophone a vraiment entamé sa phase de prise de conscience concernant la démocratie ouverte, que ce soit en France (ex. premier Décret créant Etalab), en Tunisie (ex. révolution pour la dignité) ou au Québec (ex. consulation web de Gautrin). Cela a marqué un début d'ouverture pour les administrations nationales, régionales et locales dans les milieux francophones de la planète. Ces débuts isolés ont tout de même débouché vers un réel réseautage francophone dans le domaine, notamment avec le GouvCamp en avril 2012 et la création de democratieouverte.org.
Ces événements ont permis à la communauté politique, citoyenne et d'entrepreneurs de la France, du Québec, de la Tunisie, de la Belgique et de la Suisse de se réunir pour la première fois en français et d'échanger sur les nouvelles capacités qu'apportent la démocratie ouverte avec le web 2.0. Cela a aussi permis d'établir les bases d'une future fondation favorisant l'innovation, la coopération, la convergence d'idées, le leadership et la mutualisation de projets porteurs dans le domaine de la démocratie ouverte dans la francophonie. Ce GouvCamp a été le premier pas vers d'autres événements majeurs de réseautage dans chaque région qui ont eu lieu au mois de mai 2012, autant en Europe (ex. Sommet de l'OpenData à Nantes), au Québec (ex. webcom à Montréal) qu'en Tunisie (ex. Forum du citoyen actif).
Présentation de la plateforme Parlement & Citoyens lors de webcom Montréal en Mai 2012
En somme, on peut résumer qu'en terme de gouvernement ouvert et de démocratie collaborative par le web au sein de la communauté francophone, l'année 2011 s'est passée sous le thème de la prise de conscience, celle de 2012 à l'étape du réseautage, que peut-on prévoir pour 2013 ? On peut croire que cette année-là pourrait se faire sous le signe des partenariats. À ce titre, les partenariats créés entre les États-Unis et l'Inde autour de la plate-forme Opengov ou celui entre les États-Unis et le Brésil avec l'Open Governement Partnership en sont des exemples notables et de sources d'inspiration. Ajoutons à cela, le projet technologique CKAN fait figure de projet unique fédérateur international et est également très prometteur. Il réuni d'ailleurs autour d'une même plate-forme intégrée de publication de données ouvertes des logiciels libres collaboratifs, une communauté d'universitaire (ex. développeurs, architectes), d'entreprises de service, d'utilisateurs gouvernementaux (ex. data.gov.uk, publicdata.eu) et d'une fondation de renom internationale (Open Knowledge Foundation) provenant de plusieurs pays (d'abord de la Grande-Bretagne, mais aussi de Finlande, Irlande, Autriche, Allemagne, etc.).
À partir de ces bons exemples de partenariats internationaux, il est temps pour la communauté francophone de commencer à orienter ses alliances et ses efforts d'adaptation à son propre contexte politique et sociale autour de besoins et services communs, tels que :
- la traduction de contenu ;
- l'organisation de conférences internationales en français (ex. sur des sujets tels que les données ouvertes, démocratie participative, etc.) ;
- la documentation des meilleures pratiques et les boites à outils ouverts ;
- les offres intégrées de services privés dans le milieu francophone des TI ;
- la convergence de projets faisant la promotion d'idées émanant des communautés francophones ;
- le suivi touchant les 3 piliers de la démocratie ouverte d'organisations diverses, comme les administrations locales, régionales, nationales, mais aussi les associations syndicales, institutions publiques, organisations internationales et grandes entreprises privées;
- l'établissement d'un système de classification de ces mêmes organisations selon ces mêmes 3 piliers liés au web 2.0 ;
- la détermination de standards reconnus mondialement;
- etc.
L'initiative du projet "Parlement et Citoyens" est une première étape comme projet commun francophone, mais espérons que 2013 sera l'année de nouveaux partenariats francophones forts pour profiter des opportunités de réseautage de 2012 (ex. remise du rapport Gautrin au Québec, changement de gouvernement en France, nouveau régime démocratique en Tunisie, etc.). Cela nous permettra d'assumer pleinement notre leadership sur la scène mondiale. Que tous les simples citoyens, entrepreneurs et politiciens francophones adeptes de la participation, la transparence et la collaboration se lèvent tous ensemble pour affirmer notre leadership collectif.
