Des hypothèses pour un futur inconnu
À plus long terme, d’ici dix ans ? : ce qui pourrais se passer et les questions que cela suppose.
(Synthèse des travaux d’une trentaine d’auteurs)
Par Michel Cartier
Septembre 2012
Table des matières
1- Demain ?
2- La troisième révolution industrielle
3- Les espaces de connectivité
4- L’interactivité grand public
5- Les moteurs de recherche
6- Les réseaux sociaux
Résumé
Nous basculons dans l’inconnu : dans un nouveau monde où l’accès à la connaissance se fera à partir de notre maison, au bureau, dans l’automobile ou dans la salle de classe, tapissés d’écrans et d’objets smarts qui y déverseront un tsunami quotidien d’informations non validées. Nous allons devoir apprivoiser de nouveaux outils pour vivre dans cette future société :
• Durant l’ère industrielle le connu était le citoyen et la société ; l’inconnu maintenant est le rôle que la famille et les groupes d’intérêts vont jouer entre ces deux pôles. Dans le futur les outils à apprivoiser seront l’informatisation des nouveaux espaces de connectivité.
• Durant l’ère industrielle le connu était la somme des connaissances accumulées dans les encyclopédies et les dictionnaires traditionnels ; l’inconnu sera les savoirs hétéroclites placés dans Google. Dans le futur, les outils seront les nouveaux moteurs de recherche.
• Durant l’ère industrielle le connu était les échanges personnels que permettait le livre, le disque, le journal ou le film ; l’inconnu sera les consensus que nous devrons développer pour vivre ce rêve commun qu’est le projet de société. Dans le futur, les outils seront les réseaux sociaux axés non pas sur l’individu mais les collectivités.
• Durant l’ère industrielle le connu était les messages de style top down envoyés par les classes dirigeantes aux téléspectateurs anonymes et passifs ; l’inconnu est l’émergence des réactions bottom-up des groupes d’intérêts. Dans le futur l’outil sera l’interactivité grand public.
1- Demain ?
Autrefois, si quelqu’un voulait « voir » à quoi ressemblerait sa maison ou son automobile dans vingt ans, il consultait des revues populaires comme Science & Vie ou Popular Mechanics. Aujourd’hui, on ne peut plus concevoir l’avenir en ne contemplant que l’évolution du matériel.
Lorsque la lampe électrique fut inventée, ses créateurs pensaient que plus la pièce à éclairer était grande plus la lampe devait être importante. Aujourd’hui, il y a des lampes minuscules partout dans nos électroménagers (les led), des chandeliers électriques, des gros réflecteurs dans nos parcs publics et beaucoup de petites lampes dans chacune des pièces de la maison. Même chose pour les écrans. Au début on pensait que seuls les gens riches pourraient se procurer un très grand téléviseur. Aujourd’hui, il y a de grands écrans plats pour le cinéma maison, des écrans de toutes sortes pour les ordinateurs ou les consoles de jeux, des petits écrans pour les tablettes et d’autres encore plus minuscules pour les smart phones. Nos environnements sont maintenant encombrés d’appareils smarts qui sont grands, moyens, petits et mêmes minuscules, les étiquettes radio par exemple (RFID), et qui forment une gigantesque toile diffusant des idées et des émotions au citoyen où qu’il soit sur la planète. Smarts à cause de leur miniaturisation, de l’apparition des nouvelles générations de circuits électroniques à bas prix (ARM), des technologies du mobile et du Cloud. Et ils seront encore plus nombreux dans quelques années avec la forte tendance au mobile et à la largeur de bande qui ne fait que commencer, d’où l’émergence du concept d’un éventuel Internet des objets smarts.
Après le Cloud ?
Déjà on sent que la prochaine tendance dans le domaine des interfaces ira dans le sens de l’apparition d’un dialogue naturel entre l’utilisateur, le système et le Cloud. La prochaine génération veut convertir les millions de gens qui sont au bas de la pyramide des usagers potentiels en offrant une approche « naturelle ». Les futurs systèmes seront équipés de reconnaissance verbale, de caméras capables d’interpréter certains gestes, d’écrans tactiles et d’icônes. Ce seront donc des interfaces capables de reconnaître la parole et l’écriture ; des interfaces plus intimes parce que liées à une plus grande proximité et plus fluides à cause des nouveaux types de moteurs de recherches.
Mais plus loin, après l’installation du Cloud ?
Aujourd’hui les chiffres ne révèlent plus rien, par exemple Il y a 100 milliards de clicks et 55 trillions de connexions par jour sur Internet. Il vient un moment où les chiffres ne veulent plus rien dire parce qu’ils n’ont plus de rapport avec des situations connues. Nous sommes victimes du syndrome de la massification créé par la mondialisation. Mais en prenant du recul, on peut penser que ce qu’on appelle Internet aujourd’hui pourrait devenir demain UN système global où tout sera connecté : ordinateurs, microphones, caméras, senseurs, smart phones et tablettes, automobiles et objets intelligents (devenant l’Internet des objets smarts) : un système techniquement intégré mais culturellement segmenté. La clé nous permettant de comprendre le futur d’Internet est l’étude de l’évolution de la participation des usagers à la création des contenus ; ce n’est plus la qualité ou la quantité des appareils qu‘il faut analyser mais la forme que prendra la participation des milliards d’usagers utilisant un écosystème numérique qui deviendra de plus en plus smart (dans le sens d’anticipation), plus personnalisé (dans le sens de géoréférencé) et omniprésent (dans le sens de banalisé dans nos environnements). Si la première génération Internet a connecté ensemble des ordinateurs et la deuxième génération des pages Web, le rôle de la troisième génération, sera de connecter pour nous les informations entre elles.
2- La troisième révolution industrielle
Parce qu’elle n’en est qu’à ses débuts, nous avons de la difficulté à anticiper ce que deviendra la société numérique. La première erreur concerne notre compréhension d’Internet 2. Actuellement, la plupart des gens pensent qu’Internet n’est qu’un grand réseau, peut être sophistiqué, mais quand même qu’un ensemble de tuyaux et de routeurs reliant beaucoup de serveurs et d’usagers. Internet 2 devient maintenant surtout une culture qui change la façon dont déjà plus de 20 % des citoyens de la planète acquièrent leurs informations.
La deuxième erreur est de penser qu’un smart phone est un téléphone. A peine 20 % des activités de cet appareil sont d’ordre téléphonique, le reste, 80 %, est d’ordre informatique. Posséder un smart phone, c’est posséder un petit ordinateur portable qui offre des activités géoréférencées, donc personnalisées. Que va-t-il arriver quand quatre milliards de personnes posséderont un smart phone dans deux ou trois ans ? Dans quelques années, on prévoit qu’un utilisateur moyen se connectera aux différents réseaux par au moins six appareils ou objets smarts différents, ce sera l’Internet 3.
La troisième erreur est la façon dont on utilise l’information, matériau de base de notre développement durable. Comment pouvons-nous faire des choix judicieux quand le Web nous inonde d’un coté, d’informations validées, et de l’autre de commentaires hétéroclites et de toutes sortes de promotions dans un contexte d’immédiateté ? Où quand on ne fait pas de différence entre un journaliste professionnel et un journaliste citoyen ? Notre erreur est d’accepter que l’information devienne une marchandise assujettie aux lois du marché, et médiatisée comme telle par des consortiums privés qui n’ont que leurs profits comme objectif.
Un passage industriel remarqué
- La première génération techno-économique démarre avec la vente de l’informatisation des entreprises et des organismes surtout de l’augmentation de leur productivité, via la vente des main frames et des mini.
- La deuxième génération techno-économique démarre avec la vente de logiciels et d’applications personnelles à des millions d’utilisateurs se procurant leur micro-ordinateurs.
- La troisième génération techno-économique débute avec la vente directe de services et des produits au portefeuille électronique du consommateur via les appareils mobiles.
Le modèle prédominant de l’ère industrielle, l’ordinateur personnel autonome, vient d’être remplacé par le modèle du mobile, c’est-à-dire celui des smart phones et des tablettes. Le passage est important puisqu’il fait de nombreux perdants : les cartels du cinéma, du livre, de la musique et du disque. En revanche, il fait aussi des gagnants : Google, eBay, YouTube, etc.
Récemment, les quatre plus grands consortiums industriels ont été remplacés par quatre autres, postindustriels, devenus encore plus importants, parce qu’eux ont compris le rôle que le mobile et le géoréférencement vont jouer à l’avenir :
1990 2010
Microsoft Apple
Intel Google
Cisco Amazon
Dell Facebook
Par rapport aux anciens empires qui étaient orientés hardware, ces nouveaux empires de contenus modifient nos structures politico-économico-médiatiques pour plusieurs raisons :
• ils créent des plates-formes informatiques interactives mondiales ;
• leurs valeurs se calculent maintenant en trillions $ ;
• ils modifient profondément les comportements de leurs utilisateurs ;
• ils révolutionnent tout le secteur de la consommation ;
• ils s’agrandissent a un rythme effarant (évoluant selon la loi de Metcalfe, c’est-à-dire qu’ils se développent au carré du nombre de leurs utilisateurs).
Objectifs de la troisième révolution industrielle
L’homme vit dans une démocratie quand l’ensemble des citoyens trace eux-mêmes les contours de leur avenir en participant aux décisions qui les concernent. Actuellement, le danger ne vient pas tant d’un monde qui n’a que le profit comme mesure mais du fait que ses forces construisent un tissu social constitué de consommateurs isolés les uns des autres dans une structure formée uniquement de marchés. Perdu dans cet océan de forces souvent contradictoires, l’individu a besoin de points d’ancrage où il pourra exprimer sa solidarité : la famille, les groupes, la ville, etc., c’est-à-dire la proximité de son milieu de vie. Il lui faut construire une nouvelle ingénierie de l’être ensemble capable d’assurer un lendemain plus généreux.
Hypothèses à vérifier
• Qui contrôle les messages ?
• Sommes-nous en train de construire un monde en format numérique ?
• Pourquoi remettre nos outils collectifs du développement entre les mains de consortiums qui n’ont aucun plan de société ?
3- Les espaces de connectivité
Notre société fonctionne grâce à des millions de hubs qui sont autant de nœuds dans une gigantesque toile faite de carrefours et de réseaux qui deviennent le nouveau tissu de la société. Ceux-ci encadrent le vécu du citoyen à la recherche d’une meilleure qualité de vie.
La troisième génération Internet va nous permettre de développer des paliers d’intériorisation des valeurs et des règles de la société. C’est pourquoi des spécialistes annoncent que la prochaine économie reposera sur les services smarts, tandis que d’autres pensent que ce sera plutôt sur la valeur ajoutée ou les applications, ce qui veut dire la même chose.
Cette génération qui commence à émerger est celle des espaces de connectivité : Internet is where we are. Ce n’est plus un espace international utilisé par deux milliards d’internautes mais plutôt un écosystème reliant une multitude d’espaces de proximité comme la maison, le bureau, la salle de classe ou l’automobile, des espaces de proximité où bientôt quatre milliards de citoyen vont pouvoir gérer leur qualité de vie. Le modèle économique de proximité et la e-Démocratie vont donc s’articuler autour de ces nouveaux espaces qui transforment l’habitat et le confort des citoyens.
Vivre dans une société en paliers
La société moderne s’organise en paliers, c’est-à-dire en plusieurs niveaux d’organisation comme la famille, les groupes informels, les groupes formels, la région, etc. Chaque palier est un niveau de l’expérience humaine, c’est-à-dire un espace de concertation, de conscientisation et de consultation où se construit la réalité sociale. Chaque palier est donc un ordre de complexité des différents niveaux d’information ; c’est l’ensemble des paliers qui inscrit l’individu dans un monde de sens qui définit son espace-temps. Les groupes informels et formels servent d’interface entre le citoyen et l’État, donc entre le local et le global. Ces groupes deviennent des lieux d’engagement et d’expérimentation sociale où le citoyen fait ses premiers apprentissages de gouvernance locale à partir d’une démocratie participative.
On peut comparer le modèle capitaliste avec un éventuel modèle de proximité qui utilise le mode de segmentation :
IIe Révolution industrielle IIIe Révolution industrielle
Approche de massification approche géoréférencée
Droits individuels devoirs collectifs
Consommation individuelle partage de services collectifs
Jouissance par la quantité épanouissement par la qualité
Masse de gens anonymes prise de parole citoyenne
Le modèle de proximité encourage la participation, le regroupement et l’échange. Mais, tout ceci n’est pas nouveau depuis au moins une cinquantaine d’années les citoyens ont pris la parole de diverses manières :
• La première génération :
Tout commence lors des secousses sociales des années 1968-1970 quand les pionniers américains découvrent ce qu’ils appelaient le terrain. Apparaissent alors les concepts de Street corner society, du Vicinity, du Small is Beautiful et plusieurs de techniques d’animation. En France, ce sera les années 68 et au Québec la Révolution tranquille.
• La deuxième génération
Elle débute grâce aux pionniers de la micro-informatique et ensuite grâce à l’arrivée du modèle Internet : l’idée de gratuité et de liberté. C’est la période du Trust network, du Computer mediated communication et surtout du Empowering of the people, c’est la génération du e-mail, des forums et des BBS. Cette génération a vu le jour à cause d’une vague de radicalisation (les Beatniks, Whole Earth Catalogue, le manifeste Computer Lib de Ted Nelson, etc.), puis une deuxième vague créa ensuite de nouveaux types de réseaux beaucoup plus importants et actifs : les écologistes, les amérindiens, les féministes et les gais par exemple.
• La troisième génération
C’est celle du Web donc de la collaboration en réseaux. Elle connaît une nouvelle radicalisation avec l’apparition des grandes coalitions sensibles à la cause altermondialiste qui veulent remplacer le modèle capitaliste par une mondialisation du bas vers le haut. Toutes ces rencontres ont suscité l’apparition officielle du concept de la société civile, à Tunis en 2005.
• Une nouvelle génération ?
Une autre vague de radicalisation apparaît maintenant : les anti-Wall-Street, les indignés, le printemps arabe ou érable, etc. Les nombreuses prises de parole, rendues possibles par l’association des appareils mobiles, de la télévision et des groupes formels, commencent à se répandre partout sur la planète.
Hypothèses à vérifier
• Comment peut-on analyser une situation où des milliards d’internautes naviguent dans des milliards de pages Web grâce à des milliards d’appareils de toutes sortes ? Nous savons que la réponse à ce défi sera la segmentation et la proximité, mais est-ce que cette ramification des niches qui en résultera suscitera un Big data encore plus important ?
• On a tenté de répondre à ces problèmes en mettant en chantier le Web sémantique, mais sans résultat concret jusqu’a présent. Peut être parce que cette démarche est incomplète ; ne faudrait-il pas plutôt associer les approches sémantiques, schématiques et géoréférencées ?
• Maintenant que les téléphones cellulaires, les moteurs de recherche, YouTube, le GPS et les cartes de crédit divulguent de grandes quantités de détails sur nos activités, comment allons-nous protéger notre vie privée ? Comment défendre son identité quand mille fragments de soi errent sur l’Internet ? Que font les promoteurs avec ces données ?
4- L’interactivité grand public
L’interactivité grand public s’impose depuis trois ou quatre ans à cause de l’irruption des technologies mobiles dans nos environnements ; elle a conquis une multitude de nouveaux utilisateurs autrefois rebutés par les claviers des micro-ordinateurs. Cette interactivité est celle des tablettes et des smart phones, du cinéma-maison, des lecteurs de livres ou de YouTube, des guichets automatiques, des tableaux de bord des nouvelles automobiles ou de nombreux appareils électroménagers.
Lire un livre ou regarder la télévision n’est plus un loisir passif. L’intégration numérique permet maintenant de lire les évaluations d’un livre qu’on peut ensuite commander par la poste traditionnelle, ou sur un Kindle ou encore via un site Web. Même chose pour la télévision où l’on incite le téléspectateur à réagir, tellement qu’on découvre aujourd’hui l’émergence d’une télévision sociale.
En outre, maintenant plusieurs utilisateurs commence à utiliser un deuxième écran : un écran pour regarder le contenu et un autre pour pianoter ses commentaires. Les promoteurs cherchent de plus en plus à impliquer personnellement le spectateur afin de mousser la vente de leurs contenus et de conserver leur part de l’assiette publicitaire. Et pour ce faire ils utilisent souvent sa participation sous la forme du crowdsourcing.
Hypothèses à vérifier
• On assiste à l’émergence d’un nouveau phénomène : l’enthousiasme du participant. Phénomène qui est lié au fait qu’on lui demande son avis pour la première fois. Il est heureux de prendre la parole après avoir été considéré longtemps comme une majorité « silencieuse ». Mais qu’est-ce que cette participation lui apporte, à part quelques petits cadeaux ? En ce moment, les bénéfices sont surtout engrangés par les promoteurs. Que va-t-il se passer dans quelque temps quand l’utilisateur deviendra blasé, quand la lassitude causée par des mois de répétition se fera sentir ? Qu’arrivera-t-il quand le consommateur sera mécontent ? Y a-t-il un côté obscur à cette interactivité ?
• Comment allons-nous naviguer intuitivement dans ce déluge quotidien de données ? L’arrivée de tant d’écrans de formats et de types différents pose-t-elle un défi à l’uniformité des interfaces? Tout comme l’invention de l’imprimerie a imposé la création du code typographique pour répondre à l’apparition des différents formats : roman, poésie, encyclopédie, pamphlet, journal, etc.
• Quel type d’interface devra-t-on développer, si entre 30 et 40 % des citoyens ont des difficultés sérieuses à lire et à comprendre ensuite ce qu’ils ont lu ? Comment ces analphabètes de base ou fonctionnels pourront-ils exister socialement face à un gouvernement qui met toutes ses communications sur Internet ?
• Est-ce que les personnes non branchées vont devenir les exclues de la société de demain ? Y aura-t-il une importante fracture numérique ?
5- Les moteurs de recherche
Est-ce que le monde devient un énorme problème de données ? À cause de la croissance exponentielle des connaissances, il devient maintenant difficile d’avoir une vision ordonnée du monde : certains pensent que Google s’imposera bientôt comme un substitut de la mémoire. L’utopie est de penser que le cyberespace deviendra demain le cerveau de l’humanité. En tout cas, par rapport aux encyclopédies et aux dictionnaires traditionnels, le Web offre un nouveau rapport au savoir ; le cyberespace témoigne d’une volonté d’appropriation des connaissances à la condition d’utiliser les bons moteurs de recherche. Ce sera la nouvelle frontière du XXIe siècle. Ces moteurs sont les portes d’entrée des internautes dans le cyberespace ; des robots qui parcourent le Web pour indexer ses contenus.
L’optimisation de l’accès à l’information par les moteurs de recherche devient l’impératif de l’économie web, c’est-à-dire du marketing et de son assiette publicitaire, de l’apprivoisement des nouvelles clientèles d’usagers donc, en particulier, de la rentabilité de nouveaux espaces de connectivité.
La première génération apparaît en 1990 (Archie en 1990, Gopher en 1991, WebCrawler et Lycos en 1994, Excite, Yahoo et Altavista en 1995, et Netscape en 1996). Elle indexait le contenu correspondant aux mots de la requête. Mais, les hyperliens ont fait éclaté cette génération.
La deuxième génération commence avec le PageRank de Google en 1998 qui offre à l’usager un indice de notoriété des pages. Google connaît alors un essor extraordinaire parce que sa démarche est liée à une stratégie publicitaire. Mais une telle recherche ne renvoie pas vers la principale référence sur le sujet mais plutôt vers son acceptation la plus référencée.
Une troisième génération se prépare à cause des nombreux secteurs d’activités socioéconomiques partiellement bloqués par le Big data actuellement ; les usagers font du sur-place à cause du manque de moteurs de recherches adaptés aux quantités de plus en plus astronomiques des données. Par exemple, l’un des principaux défis du Big data est l’arrivée durant l’année 2011 d’un trillion de vidéos sur YouTube, et on ne parle pas d’émissions de télévision, de Facebook ou de pages Web. Google n’a pas de moteurs de recherche adaptée à tous ces vidéos ; qu’arrivera-t-il dans deux ou trois ans avec plus de deux ou trois milliards d’utilisateurs dans ces secteurs d’activité ?
Pourtant, depuis l’arrivée des ordinateurs, la structuration de l’information avait toujours cherché à répondre aux défis des trois V ; valeur, vitesse et variété. On sent que la troisième génération se prépare :
• elle utilise la géolocalisation pour personnaliser de plus en plus la recherche, favorisant donc le développement des niches à court terme et de l’économie de proximité à long terme ;
• elle fonctionne aussi avec le mobile, c’est-à-dire grâce à une multiplication des smart phones et des tablettes ;
• elle traite non seulement les données numériques mais aussi le son, la voix, les images, les vidéos, les caméras de surveillance, les paiements par carte, les archives, les réseaux sociaux, les sites commerciaux, etc. ;
• elle cherche à traiter les demandes en langue naturelle.
Trois tendances se dégagent : la tendance géolocalisation, la tendance sémantique et la tendance schématique. Malheureusement le clan des linguistes et des mathématiciens ne collabore pas avec celui des graphistes et des designers, et vice versa. Pourtant, la création de cette nouvelle génération exige que les trois tendances soient associées.
• La tendance géolocalisation
Elle permet de réduire considérablement les recherches grâce au principe de proximité combiné avec la technologie GPS. En établissant des relations entre des métabases de données et des espaces humains, la géolocalisation contextualise l’espace-temps.
La première génération fut le service de cartes Google Maps (2004). Ce service cartographique en ligne permet de zoomer maintenant jusqu’à l’échelle d’une rue soit avec une vue de carte classique soit par satellite, puis de se positionner, de calculer un itinéraire, etc.
Une deuxième génération commence à se développer. Elle permet d’entrer dans l’édifice à partir d’une carte 3D tenant compte du changement d’étage, accompagnée de textes et de vidéos. Cette génération permettra une visite virtuelle d’un aéroport, d’un complexe commercial ou d’un musée par exemple.
• La tendance sémantique
Les recherches pour développer un Web sémantique, ou Web des données, sont en cours depuis 1995. Leur objectif est d’analyser tout le potentiel des données réunies sur le Web, c’est-à-dire qu’au lieu de médiatiser les pages Web pour être lues par des êtres humains, elles veulent laisser les ordinateurs faire ce travail d’optimisation du référencement. Des essais sont en cours, mais rien de concluant, le système à l’essai est déjà trop lourd.
Une autre nouvelle génération voit le jour, elle veut combiner la recherche traditionnelle d’info dans les contenus du Web avec une exploration des opinions des usagers des réseaux sociaux comme Facebook. Ainsi, la pertinence d’un site serait désormais évaluée aussi selon les recommandations des « amis » de l’utilisateur. Le courant de personnalisation ferait alors irruption dans le secteur publicitaire.
• La tendance schématique
Cette tendance offre un nouveau rapport à l’image en utilisant les techniques des graphes, des cartes de connaissances ou des schémas. Elle visualise des données en les mettant en relief non pas par écrit mais en les répartissant selon les coordonnées X, Y et Z. Cette réorganisation graphique permet une cartographie de l’information selon la tendance du Data visualisation ou Visual decision, etc., donc une lecture via l’intelligence de l’œil.
Par exemple, un moteur qui analyse la fréquentation d’un site Web extrait différentes données (nombre de visiteurs, à chaque jour, par région géographique et par page Web) pour offrir une dizaine de graphes pour analyser le site.
La technique des instantanés statiques organise les données autour d’icônes, chacune représentant une partie du contenu. Cela ressemble à un tableau de liège où l’on punaise ses photos ou ses notes. Cette tendance à épingler ici et là des parties du contenu est du Web mapping, un genre de scrapbooking électronique.
L’autre technique utilise plutôt le mouvement. L’usager se promène dans un espace géographique ou scientifique donné et voit défiler l’ensemble des éléments d’informations qu’il choisira ensuite de consulter, exemple Street View de Google.
Une nouvelle génération est en préparation : elle permettra de focaliser comme avec un télescope, sur un élément à l’écran ; l’usager pourra choisir ensuite entre différents niveaux de complexité : c’est l’approche des ZUIS c’est-à-dire du zooming plus ou moins profond.
Hypothèses à vérifier
• Comment envisager l’avenir de la nouvelle économie sans le développement de moteurs de recherche plus sophistiqués ? …surtout si cette économie utilise un modèle de proximité ?
• Est-ce que la création des futures bases de données exigera de meilleurs paramètres pour donner un sens à l’information ? Dans ce cas la société postindustrielle posséderait-elle plutôt trois dimensions au lieu de deux : l’espace, le temps ET l’information ?
• Comment se feront les nouveaux affichages visuels des nouveaux moteurs de recherches ? …et en fonction des nouveaux types de fenêtrage ?
6- Les réseaux sociaux
(Les frontières entre les réseaux et les médias sociaux vont s’estomper avec le temps.)
À chaque fois que la société industrielle a connu un bond important, elle a inventé un nouvel outil de communication pour que ses citoyens s’adaptent à leurs mutations. Les principaux outils industriels furent : le télégraphe en 1845, le téléphone en 1876, le cinéma en 1894, le radio en 1899, la télévision en 1930, les jeux vidéo en 1972, le micro-ordinateur domestique en 1977 et le Web en 1991.
Dans ce domaine, les pionniers ont commencé à échanger des courriels dès 1960. La première génération met le groupe d’intérêts au centre de ses préoccupations ; ce sont surtout les BBS comme The Well ou The Source. La deuxième génération connaît son envol grâce à l’arrivée des modems 2G, ce sont les blogues, les wikis, etc.
Une définition temporaire
Dans le cas des réseaux sociaux, la chaîne de causes à effets est récente donc connue :
• la combinaison des technologies numérique, mobile et de l’interactivité ;
• fait apparaître des smart phones et des tablettes ;
• qui intéresse des millions de gens qui voulaient communiquer mais sans utiliser de claviers ;
• par ce que leur futur est menacé par des crises, alors ils veulent influencer les prises de décisions à venir.
Ces réseaux combinent certaines technologies numériques avec des interactions sociales et l’auto médiatisation de contenus par de simples citoyens. On peut les définir comme ceci :
• des gens prennent la parole ;
• via des réseaux électroniques ;
• pour envoyer des messages à leurs concitoyens ;
• ils deviennent un espace de débat social.
Les réseaux sociaux qui nous intéressent sont ceux de la troisième génération qui émerge avec l’arrivée du Web 2.0 : My Space en 2003, Linkedin en 2003, Facebook en 2004, Viadeo en 2004, YouTube en 2005, Reddit en 2005, Twitter en 2008 et FourSquare en 2009.
Ils ont connu une explosion il y a cinq ou six ans parce qu’Internet commençait alors à offrir à ses usagers, outre un contexte hyper individualiste, le mobile qui donnait des ailes à leur ubiguité et un nouveau rapport à l’image qui donnait des ailes à leur imagination.
Mais bientôt les réseaux sociaux vont cesser de grossir pour se fragmenter en niches ou selon leurs profils afin de répondre aux besoins plus spécifiques de groupes de plus en plus définis. Ce ne sera pas un déclin mais une réorganisation par segmentation.
Quelques réflexions préliminaires s’imposent :
• On ne peut pas leur reprocher leur popularité. Avant eux, le télégraphe, le téléphone et le micro-ordinateur, ont tous connu d’énormes bonds de popularité lors de leur mise en place commerciale.
• On ne peut pas leur reprocher leur immédiateté ou leurs textes courts. Dans le passé, chaque invention cherchait a réduire le temps de production-diffusion afin d’améliorer le bien-être des populations en mettant rapidement en circulation plus d’information à des coûts moindres.
• Parce que les réseaux sociaux casse le modèle de communication des élites habituées a des décisions qui circulent de haut en bas (top down) beaucoup de dirigeants se sentent attaqués par ces outils qui semblent les contredire et veulent les contrôler.
• Après une lecture de ces textes courts et de ces C.V., on peut se demander comment tant de gens peuvent confier du tout et du rien à leur milieu, si ce n’est pour plusieurs personnes, pour camoufler leur immense solitude.
Ces réseaux ont plusieurs caractéristiques communes :
• Un médium de l’immédiat:
Parce qu’il blogue ou tweet en temps réel, l’internaute n’a pas le temps de vérifier ce qu’il diffuse parce qu’il vit dans l’ici et maintenant, c’est-à-dire dans un climat de course à la primeur. Il ne réalise pas que vivre dans l’immédiat lui donne l’impression de vivre dans un climat d’urgence.
Cette immédiateté des dialogues à moins de 140 caractères peut encourager le simplisme, les raccourcis et les approximations. Ces médias exigent une attention immédiate mais en contrepartie celle-ci est éphémère causant souvent un Depression Facebook. D’où le FOMO ou pathologie du Fear of missing out, c’est-à-dire la peur de manquer quelque chose.
• Un médium d’émotion
Parce que le temps réel est celui de l’émotion, l’usager ne réfléchit plus avec sa raison mais via ses réactions à chaud (40 % des échanges quotidiens sont des confidences sur soi ou ses proches). Les réseaux sociaux sont peut-être efficaces pour déboulonner le pouvoir mais ils sont incapables de participer à une construction démocratique parce qu’ils sont une dictature de l’émotion.
• Un médium latéral
Il peut favoriser l’échange d’opinions entre des groupes de citoyens à la recherche de consensus, essentiels au développement d’une démocratie participative. Le consensus exige une participation collective.
• Un médium de volume
Ses utilisateurs sont surtout préoccupés par le volume des liens activés à chaque minute : c’est le sacre par le nombre.
Le temps de l’amitié n’a rien à voir avec l’instantanéité virtuelle de Facebook et de Twitter, parce qu’il demande l’attention de l’autre, c’est-à-dire du temps d’intimité et d’interaction dans des actions communes ; le temps qu’une synchronie s’installe entre les besoins et les désirs de l’un et les réponses de l’autre.
Malgré sa promesse d’ubiguité, de visibilité et d’instantanéité, certains aspects négatifs commencent à poser des problèmes :
• Ils sont principalement utilisés par les 18-35 ans à cause de l’hyper individualisme offert par un modèle capitaliste qui ne cherche qu’à maximiser les intérêts individuels pour conserver ses clientèles.
• Ils offrent une mise en scène de soi, un étalage admiratif du « JE », d’un « JE » pixélisé. C’est un mélange de narcissisme et de voyeurisme ; tant et si bien qu’ils se transforment facilement en placard auto promotionnel. C’est cet égo numérique qui atomise les rapports humains ; on parle alors de participation individuelle. Au début, Internet semblait devenir une fenêtre ouverte sur le monde, maintenant on réalise que beaucoup d’usagers semblent y vivre repliés sur eux-mêmes.
• Ils deviennent des machines à rumeurs parce que leurs utilisateurs ne font plus la différence entre les informations opinion et les informations reportage.
Avant les révolutions des plateformes mobiles et des réseaux sociaux, la société reposait sur des connaissances médiatisées par des experts selon un code d’éthique utilisé par des journalistes professionnels qui médiatisent les informations reportage. Aujourd’hui toute la planète est invitée à médiatiser ses opinions. N’importe qui peut publier et diffuser n’importe quoi ; toute personne pouvant devenir une vedette durant 15 minutes.
• Les logique de communication à distance et de l’anonymat font émerge une tendance lourde : l’incivilité et même la grossièreté qui se manifestent dans la polarisation de certains débats et qui minent maintenant le terrain des idées.
• Parce que les amis du réseau sont choisis, l’effervescence des échanges qui semblent consensuels font oublier que de nombreuses personnes ne participent pas à ces échanges ; d’où l’illusion que tout le monde est d’accord quand c’est plutôt une minorité. Ce sont des tribunes limitées.
La métaphore des réseaux sociaux est actuellement polluée par Facebook ou Twitter. Les données sociales deviennent la denrée principale du marketing numérique ; en 2011, Facebook a rapporté 3,7 milliards $ en publicité. Facebook n’est pas un produit, le véritable produit ce sont les données sur le citoyen que Facebook vend aux publicitaires.
Il est trop tôt pour juger d’un mouvement qui vient tout juste d’apparaître. Certains pionniers qui l’utilisent fréquemment pensent qu’ils apportent un petit quelque chose dans l’espace de débat social : une certaine profondeur dans les échanges. Quand aux lecteurs, ils les fréquentent pour savoir de quoi on parle en ce moment.
Réflexion à plus long terme
• Les réseaux sociaux ne sont pas des réseaux d’information mais deviennent des réseaux d’opinion, donc très émotifs.
• C’est un outil utile qui, à l’analyse révèlera l’opinion d’une tranche de la population ou de ce qui se passe dans un milieu et un moment donnés.
• C’est un outil qui permettra au citoyen de promouvoir son opinion, c’est-à-dire de s’inclure dans le débat public, sans passer par des réseaux gouvernementaux ou commerciaux
• Mais c’est surtout en développant une participation collective que les réseaux sociaux vont vraiment jouer un rôle important dans le futur.
Hypothèses à vérifier
• Comment peut-on développer une société de la connaissance à partir de réseaux véhiculant surtout des informations non validées et des opinions ?
• Comment peut-on se doter d’une démocratie participative à partir d’un média qui ne carbure qu’au « JE » ?
• Est-ce que notre cerveau s’habituera au papillonnage perpétuel des réseaux sociaux actuels ?
• Peut-on comparer la vie virtuelle d’un internaute à la vie sociale d’un citoyen ? Le virtuel peut-il devenir un substitut au social ?
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Deux textes sont à votre disposition pour plus de précisions.
(Demandez à cartier.michel@constellationw.com
TEXTE 1 : LE NOUVEAU MONDE QUI ÉMERGE
Identifier les cinq crises qui s’annoncent et les outils capables d’y remédier. Inclût un cadre de référence des principales mutations selon trois étapes (1960-1980-2007)
(10 pages).
MÊME TEXTE EN ANGLAIS
TEXTE 2 : LE CONTEXTE POSTINDUSTRIEL
Une analyse à court terme (3 à 4 ans) des outils répondant aux mutations en cours : le nouveau modèle économique de proximité, la prise de parole citoyenne et le géoréférencement (13 pages).
SITE WEB : www.constellationw.com