Donnée géographique ouverte : un tremplin à la démocratie participative

19 juin 2012

Avec le mouvement de données ouvertes associé au courant plus large du gouvernement ouvert, nous assistons à une libéralisation des données de différentes natures à une échelle inégalée, qu'elle soit administrative, scientifique ou géographique. En fait, ce courant d'ouverture de données publiques ne datent pas des récents partenariats du tandem Brésil / États-Unis dans la démocratie ouverte, il a été initié avant même l'ère du web 2.0. Dès 1966, le gouvernements des États-Unis a adopté la loi sur le libre accès à l'information, le gouvernement du Québec en 1982 initiait la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels tandis que la France dispose d'une loi similaire depuis 1978 par la création de la Commission d'accès aux documents administratifs. Ces lois étaient utiles dans le contexte du temps, soit celui des médias traditionnels et des groupes d'intérêt ayant des requêtes précises en terme d'information publique. Les administrations ne diffusaient pas d'information publique de leur propre initiative et ne suscitait aucune participation ou collaboration venant de l'extérieur. L'ère d'Internet a changé la donne, puisque non seulement les médias, les groupes d'intérêt, mais aussi les citoyens ont pu demander plus d'information publique, car leurs moyens de traiter cette donnée étaient beaucoup plus grands.

Dans le lot de données produites par une organisation, une statistique souvent peu connue démontre que chaque entrepôt de données détient souvent plus de 80 % de ces données de nature géographique, que ce soit des informations associées à une adresse, un code postal, une limite territoriale ou des coordonnées géographiques. Par contre, la localisation géographique d'une entité est souvent jugée "stratégique" par les décideurs, comme au temps de la guerre froide où la localisation précise des infrastructures de nature économique était à diffusion très restreinte.  Ce n'est qu'à la fin des années 1990 et au début des années 2000 que par exemple les gouvernements fédéraux des États-Unis ou du Canada publiaient gratuitement des données cartographiques de leur territoire. Des regroupements de citoyens actifs se sont formés partout dans le monde, comme Accès civique au Canada, pour faire la promotion d'un accès libre et gratuit à l'information dans des formats ouverts. La démocratisation de l'information géographique a été aussi possible grâce à des applications web, comme des Atlas en ligne ou Google Earth/Maps, permettant une diffusion plus élargie des informations cartographiques et ce, à l'extérieur des mains des seuls experts en géomatique. Récemment, les téléphones intelligents sont devenus une nouvelle offre avec des opportunités inégalées de géolocalisation et de service personnalisé de géomatique. Par contre, les données gratuites publiques sont souvent de qualité moins grande, tandis que celles avec des frais et des licences contraingnantes avec une qualité supérieure sont sous-utilisées et ne stimulent pas l'innovation. À titre d'exemple, le projet communautaire de cartographie libre mondiale, appelée OpenStreetMap, a vu le jour en Grande-Bretagne en 2004 à cause d'une barrière à l'accès des données publiques dans ce coin de pays. Aujourd'hui, OpenStreetMap couvre l'ensemble des pays du monde avec plus de 600 000 utilisateurs et contributeurs, il est considéré comme un des projets à code source ouvert les plus populaires au monde. D'ailleurs, durant le tremblement de terre en Haïti ou lors de la révolte en Lybie, la carte OpenStreetMap de ces pays était celle utilisée par les agences internationales et lors de l'aide à la population affectée.

OpenStreetMap : un projet mondial de cartographie participative 
(http://fr.wikipedia.org/wiki/OpenStreetMap)

 

Il est donc facile de comprendre pourquoi l'intérêt de la donnée géographique dans tout processus démocratique et qu'elle est essentiel dans le développement d'une société moderne et ouverte. Ce n'est que très récemment que les données géographiques ont été offertes sous licences complètement libres de droit, mais là ne s'arrêtent pas l'ouverture, la transparence c'est bien, mais les deux autres piliers, soit la participation et la collaboration sont souvent laissé pour compte dans l'ouverture des données géographiques. C'est pourquoi une fois de plus, il ne faut pas voir la publication de données ouvertes géographiques comme une fin en soit, il faut que les organisations qui ouvrent leur donnée développent un environnement ouvert (combinant autant que possible logiciels libres, données ouvertes et standards ouverts) permettant également aux citoyens de participer à l'amélioration de la qualité des données afin d'aboutir sur une collaboration complète entre la société civile et les producteurs de données. Cela permettrait à long terme d'améliorer l'efficacité des administrations publiques en stimulant la participation, l'innovation, le croisement de données, la collaboration constructive et l'amélioration de la qualité des données géographiques. Des initiatives telles que WOLPgis de l'Université Ryerson au Canada qui permet le partage d'information géographique en temps réel lors d'assemblée publique est une percée technologique intérressante, car elle permet à tout citoyen ayant accès à Internet de participer à la présentation publique d'un projet et d'en connaître sa localisation. Il y a d'autres projets porteurs au Québec et en France, mais il reste encore que très peu de projet de géomatique qui inclus vraiment les 3 piliers essentiels à la démocratie ouverte.

En somme, l'ouverture des données géographiques c'est bien, mais la "géocollaboration" complète entre les citoyens, les entreprises privées, les gouvernements producteurs est un tremplin assuré pour une démocratie ouverte sur la géographie !