L'OpenData pour la concertation ?

19 nov 2012

Qu'est-ce que l'OpenData apporte aujourd'hui et pourrait apporter demain aux concertations publiques ?

Voilà la question à laquelle nous avons tenté de répondre lors d'un workshop co-organisé avec la Fing (programme innovations démocraTIC) et l'association Décider Ensemble.

 

 

Depuis ses origines, le collectif Démocratie Ouverte alerte les acteurs de l'OpenData et de la concertation sur l'importance de penser ces deux domaines comme intrinsèquement complémentaires alors que trop souvent ils sont traités séparéments. Ce message, porté notamment lors de la semaine de l'OpenData organisée par le collectif LiberTIC et la Fing a enclenché une série de réflexions et un constat : "le sujet de l'OpenData pour la concertation est un sujet nouveau, important à prendre en main, tout reste à inventer et à tester !"

Fort de ce constat, s'est tenue une journée créative regroupant chercheurs, designers, membres de collectivités locales (notamment la toute jeune cellule innovation de l'Essonne et l'équipe démocratie locale de la Mairie de Paris), ainsi que des spécialistes de l'OpenData (LiberTIC), de l'OpenGov (Démocratie Ouverte), du numérique (Fing) et de la démocratie électronique (parTICipation citoyenne). 

 

Une fausse promesse ?

 

La promesse démocratique est souvent présente dans les discours qui entourent l'OpenData, comme s'il allait de soi qu'ouvrir les données publiques allait mécaniquement améliorer la transparence et donc l'implication et la participation citoyenne : Rien n'est moins sûr !

C'est d'ailleurs un constat partagé. La plupart des participants l'ont répété : "L'OpenData 'tout seul' ne changera rien à la démocratie". Et pourtant, ouvrir les données publiques et permettre leur réutilisation est une composante essentielle d'une démocratie plus ouverte et plus efficace.

Explications.

 

 

La transparence pour concerter autrement

 

Dans une politique d'OpenData, c'est d'abord la transparence qui est recherchée. Comme nous l'évoquions dans ce billet, le principe est simple : rechercher la transparence, c'est rechercher une confiance à instaurer entre politique et citoyen. C'est permettre à chacun de vérifier la bonne utilisation des fonds publics et même de réutiliser gratuitement les données issues de l'action publique, notamment pour nourrir les débats (et donc enrichir la participation citoyenne).

 

Sur le papier, l'équation est cohérente :

OpenData > Transparence > Participation

 

Oui mais voilà, publier des jeux de données brutes et réutilisables sur un site web, ça ne suffit pas ! Pour s'assurer d'une réutilisation des données ouvertes dans un débat public, encore faut-il que ces données soient pertinentes pour ledit débat...

Dans l'idéal, il faudrait donc accompagner toute démarche de concertation (1) d'une ouverture des données publiques en lien avec la concertation et (2) d'une animation spécifique autour de ces jeux de données, afin de s'assurer que les participants à la concertation en aient bien connaissance et qu'ils soient en capacité de les comprendre, de les analyser et de les réutiliser.   

 

 

C'est dès la phase de conception des procédures de concertation qu'il faut prévoir l'ouverture et permettre la réutilisation des données publiques liées au sujet de la concertation. Le premier (ré)utilisateur des données publiées sur les portails d'OpenData devrait être la collectivité elle-même, dès le lancement d'un débat ou d'une concertation. Malheureusement, trop souvent démocratie participative et OpenData s'ignorent dans les collectivités.

 

Le message s'adresse aux missions démocratie participative et/ou aux concepteurs de dispositifs participatifs : n'oubliez pas l'OpenData !

 

 

Le crowdsourcing : du participatif dans l'OpenData

 

Tout au long du workshop, le crowdsourcing a beaucoup été évoqué comme une pratique participative intéressante et intimement liée à l'OpenData.

En effet lorsqu'une donnée manque, soit parcequ'elle n'existe pas, soit parcequ'elle n'est pas ouverte ou pas disponible, des citoyens peuvent s'organiser pour la récolter directement sur le terrain. On pense par exemple aux "carto-parties" pour les données géographiques.

Ce principe pourrait facilement être étendu aux dispositifs de concertation, en offrant aux citoyens la possibilité de récolter et/ou de proposer des données et sources d'informations pour enrichir le débat.  

 

 

L'OpenData participe d'une dynamique beaucoup plus large

 

Cette journée créative aura aussi été l'occasion de questionner les fondements philosphiques et politiques de l'OpenData et de la démocratie participative.

 

La question est de savoir dans quelle démocratie on veut vivre ?

 

Ma conviction est qu'il faut aussi (et surtout) donner un autre rôle au citoyen. Si on espère de lui qu'il participe activement à la vie de la cité, il faut lui donner les moyens d'agir (ce que les anglosaxons appellent l'empowerment, littéralement la "capacitation" ou mise en capacité d'action du citoyen).

Evidemment cela implique de profonds changements dans le rôle des acteurs publics qui devront dorénavant faire "avec" le citoyen plutôt que faire "pour" lui. La collectivité devient alors l'animateur d'une collaboration, plutôt que "prestataire de services publics".

C'est tout le sens du volet collaboratif de la démocratie ouverte, qui préconise de changer des méthodes et des organisations trop rigides, pyramidales et exclusives vers plus d'ouverture, de transversalité et de coopération.

 

Inévitablement se pose la question du partage, comme si le pouvoir passait de la possession au partage.

 

Pour aller plus loin

Ce sujet sera abordé en profodeur ce 29 novembre 2012 lors des huitièmes rencontres de Décider ensemble (informations et inscriptions) à l'Assemblée nationale.

Ces rencontres seront l'occasion de débats et d'échanges entre chercheurs, élus, experts et praticiens de la concertation et de l'OpenData. Une étude détaillée sur le sujet y sera présentée, incluant notamment les 3 scénarios issus des ateliers OpenData/Concertation :