Enjeux de l'OpenData pour l'OpenGov

1 juin 2012

Du 21 au 26 mai 2012 se tenait à Nantes la semaine européenne de l'OpenData. Certains membres du collectif Démocratie Ouverte y ont participé, l'occasion d'un petit article sur les enjeux de l'OpenData pour l'ouverture de nos démocraties.

Open Data Week Logo
 

Définitions

Les deux termes OpenData et OpenGov sont trop souvent confondus, et pour cause : leurs racines "ouvertes" sont communes. Les deux concepts puisent leurs origines dans le monde de l'OpenSource et du logiciel libre ...et dans les valeurs qui y sont associées. Mais tandis que le premier concerne les données, l'autre est un concept politique définissant un mode de gouvernance ouvert.
 
Du côté de l'OpenData, voici la définition donnée par Wikipedia :
 
"Une donnée ouverte (en anglais open data) est une information publique brute, qui a vocation à être librement accessible et réutilisable. La philosophie pratique de l'open data préconise une libre disponibilité pour tous et chacun, sans restriction de copyright, brevets ou d'autres mécanismes de contrôle."
L'OpenData permet donc la mise à disposition d'informations à très grande échelle, de manière automatisée et généralisée, par l'intermédiaire de dispositifs numériques dédiés.
 
L'OpenGov (ou démocratie ouverte en français) est un concept politique visant à améliorer l'efficacité et la responsabilité des modes de gouvernances en s'appuyant sur la transparence, la participation et la collaboration (définition détaillée ici). L'ouverture des données publiques est donc un des aspects de l'OpenGov : un moyen nécessaire (mais pas suffisant) pour atteindre une transparence politique ou une participation citoyenne. 

 

Semaine OpenData Nantes

 

Quelle réutilisation pour les données ouvertes ?

Le principal enjeu démocratique mis en avant par les acteurs de l'Open Data est celui de la transparence de l'action publique : ouvrir les données pour permettre un contrôle citoyen des politiques menées et participer à instaurer la confiance entre élus, citoyens et administrations. Mais d'autres usages peuvent être préconisés pour ces jeux de données et notamment dans le champ de la participation citoyenne et de la co-conception des politiques publiques

De nombreuses collectivités se lancent dans l'OpenData, comme en témoigne la carte mise à jour régulièrement par l'association LiberTIC (ci-dessous). Ces collectivités mettent des jeux de données à disposition des citoyens, des associations et des entreprises ...mais un constat récurent de cette semaine de l'OpenData, c'est justement que la simple "mise à disposition" sur des plateformes web n'est pas suffisante et permet rarement d'atteindre les objectifs citoyens et/ou économiques attendus par les différents acteurs du mouvement.

InternetActu le souligne, ouvrir ne suffit pas, il faut "animer, animer et encore animer" les communautés de réutilisateurs et de producteurs de données afin de garantir une acculturation de tout l'ecosystème et la production d'applications et de services concrêtement utiles aux citoyens. 

 

Carte de France de l'OpenData Libertic

 

Il est d'ailleurs étonnant de constater à quel point les collectivités engagées dans l'OpenData pensent d'abord l'ouverture des données comme un service à destination des entreprises et des collectifs citoyens sur leur territoire alors qu'il pourrait être aussi (et avant tout) un outil destiné aux collectivités elles-mêmes, leur permettant d'améliorer l'efficacité de leurs propres services :

  • D'abord en s'appuyant sur les données pour faire de la pédagogie autour des projets, du bilan et des actions de la collectivité (par exemple grâce à la data-visualisation)
  • Mais aussi en considérant les données reccueillies comme la matière première indispensable à la conception des politiques ou même à la concertation en amont et à l'évaluation en aval d'une politique publique.  

 

Certains acteurs rencontrés à Nantes craignent d'ailleurs des dérapages si les collectivités ne s'emparent pas politiquement de l'OpenData pour élaborer des stratégies d'ouverture qui aillent dans le sens du bien commun et de l'intérêt général, comme nous le rapportent ces propos attrapés au hasard des discussions :

 

"Si n'importe quelle donnée est ouverte n'importe comment, sans concertation et sans plan d'action clairement défini par le politique, on risque - Soit de perdre l'aspect citoyen de l'OpenData pour n'en retenir que les aspects d'économie numérique, alors même qu'il n'y a aujourd'hui aucun modèle économique qui ne semble se dégager pour l'OpenData - Soit de tomber dans une sorte de tyranie de la transparence avec une course sauvage à l'ouverture de données utilisées pour dénoncer, surveiller et critiquer plutôt que pour co-créer et instaurer un climat de confiance entre le citoyen et ses institutions !"

 

Il est vrai qu'alors que beaucoup de collectivités ne présentent aucune stratégie ou aucun "plan" d'ouverture des données publiques, la conception, la concertation et l'évaluation d'une politique pourraient justement être l'occasion de récolter, de produire et d'ouvrir de nouvelles données.

Dans cet esprit, l'ouverture des données n'est plus considérée comme accessoire ; on ne compte plus uniquement sur le hasard de la réutilisation pour produire de la valeur car dès le début, la donnée ouverte fait partie du processus de conception de la politique.

 

Quoi qu'il en soit, le débat est ouvert ...et les enjeux démocratiques liés à l'OpenData n'en restent pas moins d'une brulante actualité !