Gilets Jaunes – Le symptôme d’une démocratie à réinventer

Armel Le Coz Armel Le Coz, le 7 décembre 2018

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Gilets Jaunes : comment en sommes-nous arrivés là ?

 

C’est la question que beaucoup de gens se posent. Et si le premier symptôme, c’était que notre système politique et nos institutions sont inadaptés à notre époque et aux enjeux que nous devons relever…

Alors que la société a beaucoup évolué – changements climatiques, irruption et généralisation du numérique, mondialisation de l’économie, arrivée de démagogues au pouvoir dans des grands pays dits « démocratiques », risques d’effondrement global, crises financières, etc. – notre système politique, lui, n’a quasiment pas évolué. Les lobbies semblent avoir plus de pouvoir que jamais au sein de nos institutions et une partie croissante de la population ne se sent pas bien représentée.

 

La conséquence est simple : la colère des gens ne trouve plus de relais et reste invisible dans le processus démocratique. Malgré des taux d’abstention de plus de 50% à quasiment toutes les élections, notre système politique n’est pas remis en question et jamais mis à jour. Dans une situation qui n’est plus tenable socialement, la colère s’exprime alors dans la rue, sur les ronds-points et dans une violence explosive.

 

Les gilets jaunes dénoncent, cassent ou bloquent tous les symboles qui représentent les institutions publiques et économiques (préfectures, centres des impôts, centres commerciaux, permanences parlementaires…) parce qu’il y a une très grande perte de légitimité de ces institutions. Sans confiance, les institutions risquent de s’écrouler ou de se rigidifier. Si elles n’évoluent pas, la porte sera grande ouverte à des mouvements démagogues et autoritaires.

 

Durant la dernière campagne présidentielle, Emmanuel Macron et le mouvement “En Marche” ont pu donner l’impression de répondre à cette demande de renouveau démocratique : pas uniquement renouveler les têtes mais renouveler aussi le système politique : marcher partout dans les territoires et frapper aux portes pour être à l’écoute des Français.
En Marche a créé de l’espoir auprès d’une grande partie de la population. La déception n’en est que plus grande ! À travers sa pratique du pouvoir « jupitérienne » et surtout en ne “transformant pas l’essai” sur la question de la démocratie et des institutions suite à son élection, Emmanuel Macron renie une promesse qu’il avait réussit à incarner.

 

Prendre les décisions autrement

 

Face à ces constats, il devient clair que la mère de toutes les batailles, c’est la manière dont on prend des décisions efficaces et légitimes dans ce pays. C’est l’adaptation de notre système démocratique aux enjeux structurants du XXIe siècle.

 

Les solutions existent pour construire un système plus démocratique, qui permette en même temps d’avoir plus de légitimité et en même temps plus d’efficacité. Démocratie Ouverte répertorie, connecte, accompagne et teste ces solutions partout en France.   

L’enjeu est très fort de ne pas choisir les mauvaises solutions pour faire de la « concertation ». Dans la tête d’un grand nombre de citoyens, le mot concertation rime déjà avec « piège à cons » ! Si pour les 3 mois de concertation annoncés, le gouvernement se contente de simples réunions publiques descendantes organisées dans les préfectures, sans engagements, sans méthodes et sans outils efficaces, tout ça ne sera vécu que comme de l’enfumage et le gouvernement risque de jetter encore plus d’huile sur le feu.   

 

Comment faire ? – Mieux réviser la constitution !

 

Bonne nouvelle : une révision de la constitution est normalement prévue en janvier, exactement pendant la période annoncée de « consultation des citoyens dans les territoires ». Il est essentiel que la concertation porte aussi – et même surtout – sur la question des institutions et de la manière de prendre les grandes décisions dans le pays. Il est essentiel que la concertation prévue dans les territoires ne soit pas de la simple concertation mais une véritable co-construction de solutions, qui soit exemplaire et qui ouvre la voie à une nouvelle manière de faire fonctionner nos institutions.

 

Si Emmanuel Macron a le courage d’une réelle co-construction ambitieuse, suivie d’une co-décision avec les citoyens français, alors sa démarche permettra probablement de relégitimer l’état, les corps intermédiaires et toutes les institutions qui aujourd’hui ont perdu leur capital confiance auprès d’une majorité des citoyens

Alors que 70 à 80% des français soutiennent les revendications des Gilets Jaunes, notamment les revendications sur la démocratie et les institutions, le collectif Démocratie Ouverte appelle le gouvernement à faire des annonces en ce sens. Collectivement, nous sommes prêts à l’aider à définir les contours et les détails d’une telle co-construction. Nous avons les outils, les méthodes et les retours d’expériences sur lesquels s’appuyer pour sortir de cette impasse par le haut !